Les pépites

 
 
                    LES DERNIÈRES LECTURES DU RAT

Les pépites  de lecture ou de re-lecture, les trouvailles chez les libraires.


EXTRÊMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRÈS  
de Jonathan Safran Foer 


etoiles 5

Le sujet : Aprés la mort de son père dans les attentas du 11 septembre, Oskar essaie de résoudre le mystère de sa disparition .

 
Débuter la lecture de ce livre, c'est partir pour un voyage dont au départ, on n'imagine pas l'intensité. D'emblée, c'est le bonheur, il ya du Dickens, du Boulgakhof, et même du Carlos Ruiz Zafon. On a tous 8 ans, le petit garçon qui est en nous est revenu, il fait partie intégrante des personnages qui sont d'ailleurs admirables (c'est à dire que l'ont peut admirer). Noyé au milieu des adultes et des tours de Manhattan, on parcours les 5 districts de New York, tantôt émerveillé, tantôt paniqué. Ce conte, car s'en est un , ce conte magnifique, progressivement nous interroge qu'est ce qu'une famille ? Qu'est ce qu'un père ? Quel grand père ou quelle grand mère suis je ou serais je un  jour ? La lecture est comme un rêve éveillé, une sensation d'apesanteur, puis, l'émotion se renforce, la détresse qui se dégage de cet enfant effrayé est bouleversante. Son hyperactivité mentale et physique est le seul moyen qu'il ait de repousser ce qui ne peut pas être.

Les pages, étonnantes, éblouissantes, tellement humaines, se succèdent, et j'arrive rapidement , trop rapidement vers la fin. La tristesse de devoir quitter Oskar est mêlée à la tristesse, je devrais dire l'opression que son sort m'inspire.
Je feuillette lentement les dernières pages, je regarde cet homme tomber, et je comprends que ce jour là, et les jours semblables, on a tous perdu quelq'un.
Voilà, j'ai refermé le livre, et je suis complétement ratiboisé, j'ai pleuré 10 fois penant la lecture. Je ne me souviens même pas avoir pleuré sur un autre livre, probablement oui, et même plusieurs fois, mais là, je suis chamboulé rattatiné, émiétté.
 Qu'est ce qui s'est passé ? Mais qu'est ce qui s'est passé ? Ce qui est certain c'est que c'était à l'interieur de moi, et que c'était extrêmement fort et incroyablement proche.

  LRK. 14/12/19

 
 



STONER de John Williams

etoiles 5

 

Les écrivains américains (je veux dire nord est américains) on ceci de diffèrent que

ce sont très souvent des universitaires. Ils on étudié la littérature, connaissent tous

les textes classiques, les ont enseigné, et ont écrit quelques romans denses et

volumineux qui prennent en compte toute l’histoire de la littérature Anglo

américaine, car ils sont conscient d’en être les héritiers. *

..Il y a une dizaine d’années, lors d’une soirée  avec des amis rats compétents, j’ai posé,
en fin de repas
, la grande question. Quel livre recommanderiez vous s’il n’en fallait

qu’un ? Grand silence, puis, un des convives a prononcé un mot étrange. Stoner.

Puis, les autres convives ont hoché la tête, quelqu’un a ajouté, en hochant la tête

« Stoner, c’est bien ».

Cela m'a permis de découvrir un sacré bouquin.
Ce livre a une histoire. Publié en 1965 Stoner de John Williams, est rapidement

tombé dans l’oubli, jusqu’à ce que Colum Mac Cann (Danseur, La rivière de l’exil)

tombe sur ce livre, et en achète 50 exemplaires pour les offrir à ses amis. Ce qui

permit au roman de démarrer une deuxième carrière, beaucoup plus tard, Anna

Gavalda découvre l’existence de ce livre, décide de le traduire, et persuade son

éditeur d’en acheter les droits, en 2011.

Stoner est un roman hyper classique, Flaubert n’est pas loin, comme au 19ème

siècle, on y suit la vie d’un homme de la naissance à la mort. on reste hors du

temps, hors du rythme, on y flotte en état monacal, tiré de pages en pages par la

justesse de sa tonalité. Mais c’est aussi un roman d’amour pour les livres, on vit le

parcours d’un looser magnifique, brulé par une passion, celle de la littérature. Les

seules luttes que mène Stoner sont celles de la littérature, il va céder sur tout le

reste .  Il y à du Dickens dans ce héros mal loti qui subit toutes les perfidies d’un monde
mesquin. A la fin de sa vie, une question le
hante : « parce que j’ai aimé lire plus que tout,
j’ai déçu mes parents, perdu mes 
amis, abîmé ma famille, renoncé à ma carrière, et
eu peu de bonheur, ais je raté ma vie ? » On pourrait répondre oui, mais Stoner 

est tellement emprunt d’humanité que l’on ne peut qu’approouver ses choix malheureux.
 

Gavalda décrit le livre ainsi « c’est un roman qui ne s’adresse pas aux gens qui

aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire ».
 



 

A propos de Gide  et de la redécouverte
des Faux monnayeurs.

 
 
Le vieux rat pensait avoir lu Gide, ou plus exactement il pensait, avec la suffisance qui le caractérise, avoir lu suffisamment des ses livres et en avoir fait le tour. Il gardait de ces lectures un sentiment mitigé des textes et du personnage.Un ami lui a mis dans la main le Journal des faux monnayeurs, et la lecture de ce petit carnet lui a donné envie de relire le roman.
 
Les Faux monnayeurs est un roman gigogne, un roman dans le roman, on dit paraît il, un roman en abyme. Mais c’est aussi pour le lecteur une immersion dans la fabrication d’un roman, au fur et à mesure des pages il va pouvoir vivre la naissance d’un roman.
 
Accrochez vous.. Gide a publié le roman en 1925, et deux ans plus tard  un carnet de note sous le titre Le Journal des faux monnayeurs.
Dans le roman, Edouard, personnage principal, écrivain connu, essaie d’écrire un roman parfait dont le titre est Les faux monnayeurs, et il se ballade avec un petit carnet dans lequel il note des éléments de ce  futur roman. Certains des éléments de ce carnet sont une part importante du texte du roman publié.
Mais cela va plus loin,  non seulement le roman que l’on entrevoit à la lecture  des carnets d’Edouard ressemble furieusement à celui que l’on a entre les mains (le fameux roman en abyme), mais Edouard (donc le double de Gide) critique à tout moment,  dans son carnet les personnages  qui l’entourent et suggère des modifications au récit dont il fait partie.
L’apothéose, survient au chapitre VII quand André Gide lui même s’adresse au lecteur pour lui expliquer que décidément les personnages de ce roman lui échappent et qu’il n’est pas satisfait de leur évolution. C’est à dire qu’il se met lui même, Gide, en situation d’exister à l’intérieur de son roman.
La fin du roman peut sembler navrante, Edouard  (Gide) nous explique qu’il compte bien écrire une autre fin au roman Les Faux monnayeurs, alors qu’il est déjà publié.
 
 
Le deuxième point qui rend ce roman unique  est le paradoxe entre la modernité  de la construction et le classicisme de la langue et des personnages.
Si on est  chez Paul Auster pour la construction,  on est plutôt chez La Princesse de Cléves pour la langue, et chez Stendhal pour les personnages et même chez Bach pour le tempo.
Les personnages féminins sont d’une beauté tragique qui rappelle les héroïnes de la littérature du 17ème siècle et sont surtout soutenus par la beauté de la langue
 Laura : En vous disant adieu je tacherai de ne pas trop regretter la vie, mais je crois que vous n’avez jamais très bien compris que l’amitié que vous eûtes pour moi reste ce que j’aurai connu de meilleur- pas bien compris que ce que j’appelais mon amitié pour vous portait un autre nom dans mon cœur.
Les personnages masculins sont plus Stendahliens que Balzaciens
 Bernard : oh si je n’aimais de vous que l’aspect. Et puis je ne suis pas malade ; ou si c’est être malade que de vous aimer, je préfère ne pas guérir.
 
Et tout ce classicisme, est contrebalancé par un style littéraire absolument moderne.
On est fasciné par le ballet des personnages, une vingtaine environ qui vont et viennent, s’entrechoquent comme les boules d’un billard et rebondissent les unes contre les autres, dans un mouvement permanent, quasi cinématographique. On survole Paris  avec des mouvements  de travelling, plongée contre-plongée. Ici on suit Olivier qui se rend à la gare, ou il rencontre Edouard. Ils ratent Robert qui voulait voir Olivier et ce mouvement  est permanent. D’ailleurs l’une des clefs pour comprendre le tempo de ce roman est peut être la musique. A deux reprises Gide fait référence à L’art de la fugue.
Et c’est vrai, le génie de Bach va parfaitement avec les changements de rythme des pages.
Edouard (Gide) compare son écriture au ruissellement de l’eau d’une rivière « je la veux, laisser couler selon sa pente, tantôt rapide et tantôt lente, en des lacis que je me refuse à prévoir ».
 
 
 
 
 Pour mieux comprendre la fin tronquée il faut se reporter au journal de Gide P 93, qui explique que ce roman « s’achèvera brusquement, non point par épuisement du sujet, qui doit donner l’impression de l’inépuisable, mais au contraire, par son élargissement, et par une sorte d’évasion de son contour. Il ne doit pas se boucler, mais s’éparpiller, se défaire … »
 
Il reste à situer ce roman souvent considéré comme parfait, et qui, pionnier du nouveau roman, a été, un temps le symbole de la jeunesse, Un siècle après, il n’a gardé de moderne que sa construction révolutionnaire. Les personnages si beaux soient ils semblent maintenant englués dans l’histoire de la littérature. Ils ne sont plus modernes mais ils restent si beaux.
 
                                                                  RKL

 

 
 



 
 



Créer un site
Créer un site