Les pépites

 
 
 
 LES DERNIÈRES LECTURES DU RAT

Les pépites  de lecture, les trouvailles chez les libraires.

 

A propos de Gide  et de la redécouverte
des Faux monnayeurs.

 
 
Le vieux rat pensait avoir lu Gide, ou plus exactement il pensait, avec la suffisance qui le caractérise, avoir lu suffisamment des ses livres et en avoir fait le tour. Il gardait de ces lectures un sentiment mitigé des textes et du personnage.Un ami lui a mis dans la main le Journal des faux monnayeurs, et la lecture de ce petit carnet lui a donné envie de relire le roman.
 
Les Faux monnayeurs est un roman gigogne, un roman dans le roman, on dit paraît il, un roman en abyme. Mais c’est aussi pour le lecteur une immersion dans la fabrication d’un roman, au fur et à mesure des pages il va pouvoir vivre la naissance d’un roman.
 
Accrochez vous.. Gide a publié le roman en 1925, et deux ans plus tard  un carnet de note sous le titre Le Journal des faux monnayeurs.
Dans le roman, Edouard, personnage principal, écrivain connu, essaie d’écrire un roman parfait dont le titre est Les faux monnayeurs, et il se ballade avec un petit carnet dans lequel il note des éléments de ce  futur roman. Certains des éléments de ce carnet sont une part importante du texte du roman publié.
Mais cela va plus loin,  non seulement le roman que l’on entrevoit à la lecture  des carnets d’Edouard ressemble furieusement à celui que l’on a entre les mains (le fameux roman en abyme), mais Edouard (donc le double de Gide) critique à tout moment,  dans son carnet les personnages  qui l’entourent et suggère des modifications au récit dont il fait partie.
L’apothéose, survient au chapitre VII quand André Gide lui même s’adresse au lecteur pour lui expliquer que décidément les personnages de ce roman lui échappent et qu’il n’est pas satisfait de leur évolution. C’est à dire qu’il se met lui même, Gide, en situation d’exister à l’intérieur de son roman.
La fin du roman peut sembler navrante, Edouard  (Gide) nous explique qu’il compte bien écrire une autre fin au roman Les Faux monnayeurs, alors qu’il est déjà publié.
 
 
Le deuxième point qui rend ce roman unique  est le paradoxe entre la modernité  de la construction et le classicisme de la langue et des personnages.
Si on est  chez Paul Auster pour la construction,  on est plutôt chez La Princesse de Cléves pour la langue, et chez Stendhal pour les personnages et même chez Bach pour le tempo.
Les personnages féminins sont d’une beauté tragique qui rappelle les héroïnes de la littérature du 17ème siècle et sont surtout soutenus par la beauté de la langue
 Laura : En vous disant adieu je tacherai de ne pas trop regretter la vie, mais je crois que vous n’avez jamais très bien compris que l’amitié que vous eûtes pour moi reste ce que j’aurai connu de meilleur- pas bien compris que ce que j’appelais mon amitié pour vous portait un autre nom dans mon cœur.
Les personnages masculins sont plus Stendahliens que Balzaciens
 Bernard : oh si je n’aimais de vous que l’aspect. Et puis je ne suis pas malade ; ou si c’est être malade que de vous aimer, je préfère ne pas guérir.
 
Et tout ce classicisme, est contrebalancé par un style littéraire absolument moderne.
On est fasciné par le ballet des personnages, une vingtaine environ qui vont et viennent, s’entrechoquent comme les boules d’un billard et rebondissent les unes contre les autres, dans un mouvement permanent, quasi cinématographique. On survole Paris  avec des mouvements  de travelling, plongée contre-plongée. Ici on suit Olivier qui se rend à la gare, ou il rencontre Edouard. Ils ratent Robert qui voulait voir Olivier et ce mouvement  est permanent. D’ailleurs l’une des clefs pour comprendre le tempo de ce roman est peut être la musique. A deux reprises Gide fait référence à L’art de la fugue.
Et c’est vrai, le génie de Bach va parfaitement avec les changements de rythme des pages.
Edouard (Gide) compare son écriture au ruissellement de l’eau d’une rivière « je la veux, laisser couler selon sa pente, tantôt rapide et tantôt lente, en des lacis que je me refuse à prévoir ».
 
 
 
 
 Pour mieux comprendre la fin tronquée il faut se reporter au journal de Gide P 93, qui explique que ce roman « s’achèvera brusquement, non point par épuisement du sujet, qui doit donner l’impression de l’inépuisable, mais au contraire, par son élargissement, et par une sorte d’évasion de son contour. Il ne doit pas se boucler, mais s’éparpiller, se défaire … »
 
Il reste à situer ce roman souvent considéré comme parfait, et qui, pionnier du nouveau roman, a été, un temps le symbole de la jeunesse, Un siècle après, il n’a gardé de moderne que sa construction révolutionnaire. Les personnages si beaux soient ils semblent maintenant englués dans l’histoire de la littérature. Ils ne sont plus modernes mais ils restent si beaux.
 
                                                                  RKL

 
 
 


 

Les tribulations de Maqroll le Gabier
 
La vie passionnée et excentrique du marin Maqroll, un apatride sans but et sans avenir, au passé bien rempli .


"Irréfléchie, toujours à contre-courant, toujours nuisible, toujours étrangère à ma véritable vocation, mon errance est sans remède."

                                                       Les tribulations de maqrol le Gabier


Les éditions Grasset ont eu la bonne idée de réunir en un seul livre les sept romans  de Alvaro Mutis qui racontent les aventures de Maqroll, aventurier fatigué et nostagique  sorte de Corto Maltese qui a chaque étape de sa vie va jusqu’au bout de l’expérience qu'elle lui apporte. Il est aidé par un groupe d’amis fidèles qu’il retrouve inmanquablement lorsqu’il il remonte des fleuves  d'Amérique du sud, escalade la Cordilllère des Andes , débarque dans les ports  de Méditerranée ou d’ Europe du Nord. Ses aventures sont accompagnées par les belles relations d’amitié et de complicité qu’il tisse lors des es rencontres féminines.

"Elle avait la rare vertu de transmettre le bonheur, de le faire éclore à chaque instant. Comme ça, gratuitement, sans aucune raison, parce qu'il était en elle, dans ses gestes, dans son rire, dans son amour des gens, des animaux, des couchers de soleil sous les tropiques des occupations et préoccupations des hommes qui étaient toujours inexplicables et infantiles pour elle".
 
  Mutis, est un 
écrivain colombien, poète et bourlingueur, , il est tout à la fois  Jack London, Joseph Conrad et Gabriel Garcia Marquez . Et son écriture est tout simplement splendide.

"Lorsqu'ils parvinrent aux caféiers, il éprouva une nouvelle fois la fascination intacte de cette atmosphère tiède, accueillante et pleine de cette végétation soignée aux tons incomparables, qui semblait choisie exprès pour ses effets de beauté naturelle et ordonnée à la fois"
 
 Si dans votre bibliothèque  vous avez un coin ou vous chérissez quelques grands romans d’écrivains sud américains, alors il faut y mettre Maqroll le Gabier.

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Pour retrouver Mutis parlant de Maqroll en 1991


 


 
4 3 2 1   4321 de Paul Auster
est le roman le plus abouti, le plus passionant le plus génial de Paul Auster.

 
       la video sur Paul Auster et sur roman est ici
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Oui ce livre est extraordinaire, car ses personnages le sont.
Quand on commence la lecture, on met un certain temps à comprendre dans quoi on  s'embarque mais il ne faut pas hésiter. On en a lu des récits d'enfants martyrs, souvent des autofictions parfois indigestes, mais rien de tout cela ici, car, d'emblée on est dans le combat. L'horreur est bien là mais on ignore quel est le plus fort des deux protagonistes .
Le pére prédateur, manipulateur qui a pour lui sa force musculaire et son intelligence, ou Turttle, émouvante sauvageonne
de 14 ans, dégingandée,  sensible mais forgée par un monstre, et donc qui semble bien capable  de détruire le diable lui même, quand elle le décidera.  Tout le roman est là.. Quand elle le décidera.   

Malgrés quelques rares passages que l'on aurait pu éviter (on comprend l'admiration de Stephen King pour ce livre), ce livre âpre est à la portée de tous les lecteurs, même sensibles..
Mais bon sang quel bouquin !


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avril 2018/ Les seize arbres de la Somme.
En Norvège, le jour de Noël, on fait une différence parmi les cadeaux entre les paquets mous et les paquets durs. Ces derniers étant les plus prometteurs d'un cadeau élaboré et donc intéréssant.
 Ce livre est un paquet dur, bien écrit, ses personnages  sont beaux, vigoureux, complexes.
Au début, il y a la Norvége, puis le roman devient narratif avec la quête du personnage central, un Franco-Norvégien. On suit ses découvertes, ses rencontres et on reconstitue avec lui le puzzle de son histoire à travers les paysages de la Norvège, des îles Shetland, et de la Somme.
Un beau moment, ceux qui aiment le bois vont se régaler.
Lrk

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mars 2018 / LaRose

La littérature US n’est jamais aussi passionnante que quand elle fouille dans les strates qui constituent la nation américaine, quand elle va chercher en périphérie.
Depuis que le Grand Jim est mort, qui va nous parler des Indiens qui va nous faire rêver avec leurs ancêtres, ? avec l’homme oiseau ? avec les tambours magiques ?
La réponse est Louise Edrich, c’est un des écrivains majeurs aux États-Unis, elle a écrit des romans puissants qui laissent le lecteur pantois, déboussolé, halluciné. elle nous parle des indiens et de sa famille maternelle sa mère était Ojibwa (famille des 
Chippewa
),
Je me suis attelé avec impatience à LaRose,  son dernier roman, dès les premières lignes le propos est lourd, grave, la mort d’un enfant le problème de la réparation, je me prépare à décoller pour un sacré voyage.. . Et puis rien. Déception…ce n’est pas que l’on s’ennuie, mais le corps se raidit , prend de la distance .Je m’apprêtais à refermer le livre au bout d’une cinquantaine de pages quand Fred m’a conseillé de patienter un peu, « cela m’a fait pareil, tu verras après…. ça s’améliore ».
J’ai donc persévéré, et puis tiens, effectivement, c’est mieux, et le chapitre suivant est vraiment bien, et celui d’après est tout simplement formidable et tout prend forme, l’histoire se construit, on s’attache aux personnages et on replonge la tête la première dans les pages. Les enfants qui s’évadent d’un pensionnat,  cette famille ou les élus communiquent avec les esprits et volent dans le ciel, cette jeune indienne qui parcourt des kms dans la neige poursuivie par une horrible tête humaine. Ce livre ne vous lâche plus.. Un  bonheur de plus
Miigwetch .. Louise

Firmin


louise2    la rose
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  • Dans un de ses  premiers romans La chorale des garçons bouchers,  elle nous parle de son grand-père boucher allemand immigré , qui arrive en Amérique la valise pleine de couteaux et de saucisses.
  • Mais quand on pense à Louise, on pense surtout au fameux Ce qui a dévoré nos cœurs.* * 

 


       C’est une question importante pour un passionné de lecture, qu’est ce qu’un bon livre ? Que peut on attendre d’un roman, qu’espère t’on  y trouver, en plus d’une belle écriture ?
Est ce que pour vous c’est un voyage  dans un monde riche de découvertes avec des personnages pour lesquels on s’inquiète, un moment de tension ou chaque page tournée nous met dans l’espoir ou dans l’appréhension ?
Bref un vrai moment de littérature.  .. Alors si c’est cela, le livre de Jane Hope, La salle de bal, est vraiment fait pour vous.

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Vous allez adorer ce livre,  vous allez aimer ses personnages magnifiques, vous allez resssentir la rigueur des saisons de la campagne anglaises en 1911.
L’histoire est édifiante,  on y découvre que certains théoriciens de cette Angleterre  industrieuse et arrogante du début du 20eme siècle n’avaient rien a à envier aux nazis qui   allaient polluer l’Europe 30 plus tard.

Anna Hope avait écrit un premier roman remarquable  le chagrin des vivants


 

 
Antigone
 
 Dans une vie de lecteur, on rencontre parfois des livres rares, ce que l’on a envie d’appeler un chef d’œuvre.
Cette rencontre peut se faire par hasard, mais ici, c’est mon ami Philippe, qui, un jour, m’a laissé un livre qu’il venait d’acheter en m’attendant chez un bouquiniste. Gardes le, m’a t’il dit, j’en ai déjà un, tu verras c’est très bien… très bien, en effet….
 Le livre est  Antigone de henry Bauchau.
 Comme vous, je connaissais l’Antigone de Anouilh,  son personnage et son destin, sont  passionnants, mais rien ne m’avait préparé au choc de cette lecture.
Le livre est lumineux, chaque page  déroule en technicolor, les paysages de la Grèce antique, parcourus par des femmes et des hommes hors norme.
L’histoire de cette adorable emmerdeuse, est retracée ici d'une façon précise, on s’attache  à
la belle et douce Antigone qui vit dans un monde de brutes, qu’elle essaie en vain, d’adoucir.
On s’attache aussi  à ses parents la belle Jocaste et son mari/fils Œdipe, a sa sœur la douce Ismène, et à ses deux tumultueux  frères., car ce roman est surtout histoire d’une famille magnifique dont la chute est programmée par le fait même de la puissance de chacun de ses membres.
Une belle écriture qui rappelle un peu celle  de Christiane Singer


   
Aujourd’hui, je me dis que cet Antigone n’est pas seulement
un bon livre c’est le livre.
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Eric Mc Cormack  est Ecossais il est professeur de littérature , il vit au Canada mais manifestement connait bien la littérature Anglaise.
Son roman Le nuage d’obsidienne est un vrai roman anglais; c'est même un concentré de la littérature anglaise

obsidienne
 
Une fois dans les mains, et au bout de quelques pages on pense tout de suite à Dickens , la structure du récit initiatique, les aventures scindées en chapitre, la justesse et la truculence  de tous ces personnages, et un climat  mystérieux de brume et de fantômes, on est chez Dickens.....Ca se lit bien.
Mais on est également, chez émilie Brontee, avec ces deux jeunes amoureux qui contemplent du haut de leur rocher  la lande Anglaise (ici les Uplands). On sera  ensuite avec Joseph Conrad, en Afrique ou  sur des bateaux avec des marins au long cours .. dans des mines en Afrique du Sud  ou dans le Pacifique.
La description de toutes ces aventures est comme floutée, nappée par une succession de rêves, d’ailleurs toute  l’histoire en elle même est celle d’un rêve.
 Enfin, ce roman est aussi, et peut être surtout celui d’un manuscrit, qui décidément aura été difficile à publier, petit clin d’oeil de l’écrivain qui là aussi sait bien de quoi il parle.

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SI vous en avez marre de personnages nauséabonds ou destructeurs, nombrilistes et auto-cenrés. Si vous avez comme moi, envie de beaucoup d’empathie, de personnages calmes et lumineux. Si vous êtes un peu désabusés, voir déprimés, si vous pensez que décidément notre monde est sans solution. Alors, lisez...  du bonheur en pages.
 

 Traverser l’hiver de Mélanie Wallace

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Vous cherchez un roman qui a du souffle,  vous avez un petit faible pour l’Irlande et les irlandais, vous avez envie de découvrir les paysages de l’ile de Wight.   Vous n’avez rien contre les histoires de passion qui traversent la grande Histoire, ici la montée du nazisme en Europe dans les années 30.
Vous pouvez attaquer Un grand livre

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Ils sont artistes, beaux, admirés , leur rencontre était comme une évidence, un couple mythique qui dure et resiste au temps. Jusqu'à ce que ..
Un roman fort , passionant,  précis,  comme en produisent certains auteurs américains.


  Les Furies de lauren Groff  
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Il y a assez de bleu dans le ciel pour faire la culotte d'un zouave. C'est ce que disait ma grand mère quand j'étais petit rat; cela veut dire que l'on peut être heureux sans toujours avoir un grand ciel bleu,  il faut juste assez d'amour et  d'attention pour se soutenir les uns les autres.C'est comme cela que fonctionnent les personnages de Maggie O'Farell. Si vous aimez David Lodge et son humour Anglais, vous avez un petit faible pour les écrivains Irlandais. Vous allez ête épatés par ce livre bien moins banal, que son titre.

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